Abbatoirs Ndangane : L’ancien village sérère qui a donné son nom à Kaolack

On accole communément à Kaolack, la capitale du bassin arachidier, le nom de Ndangane, un quartier emblématique de la ville de Mbossé Coumba Njiguène. Allez savoir la raison ? Le fait est que les Abattoirs-Ndangane situés au sud-est de la commune, sur les rives du fleuve Saloum, est le bastion des sérères venus des îles. Un vrai vivier de champions sportifs de la lutte et du football.

L’ancien village des sérères Niominka, venus des îles du Saloum, dont la création est datée vers 1465, donc bien avant la construction des premiers comptoirs commerciaux, est aujourd’hui un quartier emblématique de Kaolack. Au point de lui donner son nom. Administrativement, on parle des Abattoirs-Ndangane, par la faute d’un bâtiment servant à cet office avant le site actuel de Koundam. Plutôt fier de cette filiation historique, le délégué de quartier, Moustapha Guèye « Ngabu », ne se lasse de raconter par le menu détail l’installation des premiers habitants venus des îles du Saloum essaimer la terre des princes « ceddo ».

Un accueil pas toujours convivial à la fois des autochtones au début et des administrateurs coloniaux par la suite. « On raconte que le commandant Brocard, patron du canton du Sine Saloum, incommodé par les effluves peu amènes du poisson séché, le domaine d’activités de ces pêcheurs hors pairs, n’a eu de cesse de les chasser de la zone contiguë aux berges du fleuve, pour les repousser vers le centre de la ville. Mais, à chaque fois, ils reviennent occuper l’espace, raison pour laquelle les habitations précaires ont été pendant longtemps de mise à Ndangane », rappelle cet ancien instituteur qui perpétue la mainmise de ses parents niominka au poste de chef de quartier. De Malafy Dieng à Dioura Faye, en passant par Ibrahima Sarr, ils ont toujours occupé cette fonction.

Aujourd’hui, il s’enorgueillit d’abriter un vivier de célèbres champions sportifs. Au nombre desquels le feu follet du Mbossé Babacar Thiam qui a fait les beaux jours de l’équipe fanion des Lions de la Teranga dans les années « 80 ». Deux mastodontes de la lutte avec frappe, à savoir Mohamed Ndao « Tyson » et Yakhya Diop « Yekini » ont fait leurs premières lors des séances de mbapattes initiées par l’Union Fraternelles des Abattoirs Ndangane (UFAN), l’ASC du quartier. La famille paternelle de la Première dame est aussi originaire de la zone où la nature argileuse des sols empêche toute opération d’assainissement du quartier au grand dam de Ngabu Guèye.

Le pacte d’alliance avec Senghor

Dans le Sénégal d’après-guerre, Léopold Sédar Senghor qui a choisi de s’affranchir de l’ombre tutélaire de Me Lamine Guèye fait du Sine Saloum son bastion électoral. Il convoite le poste de député du deuxième collège dévolu aux sujets français. Kaolack au cœur de cette région avec la culture de rente de l’arachide est une destination courue de tous les candidats. Le jeune agrégé en grammaire entré en politique l’a compris. Sur place, ces parents sérères qui comptent sur lui pour mettre fin aux exactions du commandant Brocard, lui propose un pacte : la promesse de pouvoir rester dans leur quartier en contrepartie d’un soutien politique. En fin politique, le candidat Senghor accepte le deal. On note depuis que les Abattoirs-Ndangane sont restés un fief socialiste donnant de grands leaders de l’ancien parti au pouvoir à l’instar d’Amète Saloum Boye, Sitapha Dieng, l’ancien député Mor Maty Sarr.

 

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Auteur: 
Elimane FALL
Source: 
Le Soleil

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