Chambre criminelle de Kaolack : Six mois ferme à Ndèye Absa Keinde pour infanticide

Les magistrats de la Cour d’appel de Kaolack, siégeant à l’audience de la deuxième session des chambres criminelles de l’année 2016, ont condamné la dame Ndèye Absa Keinde, qui a étouffé à mort son nouveau-né à l’aide d’un pagne, à six mois de prison ferme.

Encore une affaire d’infanticide à la barre de la deuxième session 2016 de la Chambre criminelle de la Cour d’appel de Kaolack. Un verdict de six mois de prison ferme a été prononcé, réconfortant les défenseurs de la décriminalisation de l’infanticide. En tout cas, l’infanticide va occuper l’essentiel des rôles de cette deuxième session de la Chambre criminelle. Au début de l’audience, l’accusée et son conseil, Me Ibrahima Bèye, avaient du souci à se faire à l’énoncé des faits qui ont eu lieu le 8 septembre 2005. L’accusée, alors âgée de 40 ans, avait contracté une grossesse alors qu’elle désespérait d’enfanter de nouveau. Seulement sa joie sera de courte durée parce que l’enfant n’a pas de père légitime.

Ndèye Absa Keinde, qui vit avec ses parents à Diourbel, a su cacher son jeu à parents, amis et voisins. Déjà mère de quatre enfants, elle ne voudrait, pour rien au monde, subir l’humiliation de mettre au monde un enfant adultérin. A son frère, le seul dans la confidence de sa grossesse, elle menace de se suicider si ce dernier s’avisait à raconter autour de lui ce secret gardé jalousement par elle. Le 8 septembre 2005, elle accouche en se faisant assister par une matrone à qui elle confie qu’elle va se rendre à Fatick pour se soustraire du regard inquisiteur des autres. A son frère, le seul au courant dans la famille, elle annonce un départ vers Tamba, brouillant ainsi les pistes sur sa destination finale. Avait-elle déjà mûri dans sa tête le funeste projet, comme en est convaincu l’avocat général ?

Une fois à la gare routière, elle prit un véhicule de transport en commun à destination de Tamba. Un trajet nécessitant une correspondance à partir de Kaolack. Dans le Saloum, elle prend un autre véhicule pour rallier Tamba. Durant tout le trajet, pas une seule fois elle n’a allaité le nouveau-né. Sur la route menant à la capitale du Sénégal oriental, elle est obligée, selon sa version des faits, de s’arrêter à Mbirkilane parce que son bébé ne donnait plus signe de vie. Voulant obtenir un certificat de genre de mort aux fins d’inhumation, elle se heurte au refus catégorique de l’infirmier Camara, troublé par des bleus autour du cou du nourrisson. Flairant une infanticide, l’infirmier chef de poste avise les éléments de la gendarmerie qui mettent aux arrêts Ndèye Absa Keinde.

Un récit peu convaincant

Hier à la barre, l’accusée a réitéré sa version livrée lors de son audition préliminaire chez les hommes en bleu. Certes, elle ne voulait pas l’enfant, mais elle a toujours réfuté l’infanticide. Elle nie avoir étouffé le nourrisson à l’aide d’un pagne. Un récit peu convaincant aux yeux du représentant du ministère public qui s’est fait une religion sur la volonté manifeste de l’accusée de tuer son nouveau-né, comme l’atteste le certificat de genre de mort attestant d’une asphyxie. Il a requis une peine de cinq ans de travaux forcés.

Pour sa part, Me Ibrahima Bèye, assurant la défense de Ndèye Absa Keinde, a battu en brèche l’accusation essentiellement articulée autour des conclusions du certificat de genre de mort. Selon lui, rien n’indique que cette mort ne serait pas d’origine accidentelle, disculpant ainsi sa cliente du chef qui l’a renvoyée devant la Chambre criminelle. Une plaidoirie qui a semblé emporter les faveurs de la Cour qui a condamné l’accusée à une peine de six mois ferme largement couverte par la détention préventive.

Elimane FALL
 

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